Le courageux

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"En fin de compte, si j'ai joué mon style de jeu et j'ai été courageux sur le court, je peux partir content de ce que j'ai fait".

A l’occasion de son quart de finale à Madrid contre Karen Khachanov, Carlos Alcaraz  en dit plus sur les valeurs qui l’anime en tant que numéro 1 mondial.

Il fait partie de la lignée des numéro 1 mondiaux espagnol. Du haut de ses 20 ans, il a comme ses ainés gravit toutes les marches du tennis mondial. Avant lui , Carlos Moya en 1999, Juan Carlos Ferrero (son entraineur) en 2003, R. Nadal pendant tant d’année. Les espagnols comptent également 9 vainqueurs de tournois du Grand Chlem différents pour 35 trophées soulevés depuis le sacre de Sergi Bruguera en 1993. Est-ce un hasard? Bien sur que non! Quelle est la recette de leur réussite? Le Murcien est un fantastique joueur. Selon Mike James, analyste vidéo chez Mouratoglou Analytics, Alcaraz va plus vite que les autres, notamment dans la transition du jeu de défense vers l’attaque. En un éclair, il est capable de changer son positionnement sur le terrain et venir finir les points au filet. Il est aussi un joueur très créatif qui sait tout faire et amortie comme personne. Mais ce n’est pas tout. Ce qui impressionne le plus c’est son état d’esprit, ses valeurs. Comme ses compatriotes, on retrouve dans son discours des mots ,des phrases, qui ne trompent pas. La philosophie est claire, l’homme sait ce qu’il veut et surtout qui il veut être sur le court.

La valeur courage

Son entraineur, Juan Carlos Ferrero est au bord du court et l’encourage, lui dit que ce n’est pas grave s’il perd. Il lui hôte toute pression inutile, lui permet de retrouver l’essentiel. Carlos le reconnait: « Ce genre de message est super important, parce que la plupart des problèmes qui viennent dans un match sont liés à la peur de la défaite. Et en fait , c’est le contraire. Il faut sortir du court satisfait de la manière dont on a joué, qu’on ait gagné ou perdu. En fin de compte, si j’ai joué mon style de jeu et j’ai été courageux, je peux partir content de ce que j’ai fait. Ces messages me soulagent donc de cette pression ,de cette peur de perdre qui peut survenir. »

Etre courageux, voilà ce à quoi Carlos Alcaraz attribue de la valeur. L’important n’est pas de gagner ou de perdre. Gagner, ok, tout le monde le désire, mais le lendemain il y aura un autre match. L’important pour lui est de montrer qui il est dans le moment présent. Il le dit , il le montre: il est un homme, un joueur courageux. Cela rappelle une phrase de R. Nadal : « On gagne plus avec le coeur, avec la volonté qu’autre chose » 

La clef dans les moments difficiles !

Combien de joueur lâche le set à 4/1, balle de double break? C’est la situation dans laquelle il se trouvait au deuxième set. Beaucoup. Un joueur qui attribue de la valeur au courage continue de se battre. Au moment où les sensations ne sont pas les meilleures, où l’ adversaire domine, la clef est de décider de continuer à jouer chaque point à 100% en acceptant la situation actuelle. Carlitos comme on le surnomme en parle: « Mon état d’esprit, c’est d’essayer de remonter dans ce jeu de service, et de voir ensuite. Je savais que j’aurais au moins une opportunité pour faire le débreak et continuer à me battre pour le second set et le match. Et finalement j’ai sauvé ce jeu avec un petit miracle sur un revers qui est resté dans le court pour quelques millimètres ». Décider d’être courageux est donc une clef mentale.

Chris Lewit, coach privé américain à écrit un livre sur « Les secrets du tennis espagnol » en 2014. Pour lui, « la principale différence avec la France, par exemple, c’est que chez vous, on met beaucoup plus l’accent sur la qualité que la quantité. En Espagne, c’est l’inverse. Le but est de pousser le joueur à la limite. Les pros peuvent ainsi enchainer des séances au panier de plus de 15 minutes sans s’arrêter ». Les espagnols ont le goût des séances dures. Ils valorisent le dépassement de soi, le travail et le courage plus que le talent. Voilà un des piliers de la pédagogie espagnole, axée sur l’état d’esprit, les valeurs qu’un joueur doit avoir. Ce sont les valeurs de la vie de tous les jours à retranscrire sur le terrain. 

Dans un entretien, pour tennis magazine en 2018, Emilio Sanchez, ancien pro espagnol dit qu’il y a « des raisons sociales et historiques » à cette culture du courage. « C’est l’heritage de Franco et des années de dictature…C’est un peu pareil pour les joueurs serbes et croates. Ils sont devenus beaucoup plus fort après la guerre… ». Marian Vadja, ancien entraineur de Djokovic ne dit pas le contraire : « Nous sommes courageux, et le tennis est un combat entre deux personnes. Les personnes des Balkans sont très doués en sport et ils jouent avec leur coeur. »

Alcaraz est inspirant !

 Un numéro 1 mondial est une source d’inspiration. Il montre la voie. Combien de fois nous nous sommes entrainés à recopier la technique d’un champion? On retrouve sur youtube d’innombrables vidéos sur les meilleures tactiques de R.Federer ou bien l’entrainement physique des joueurs pro. Ici, Alcaraz nous montre l’exemple du courage. C’est un dérivé du mot latin Cor « coeur », le courage désigne l’endurance du coeur dans les moments difficiles. Comme un muscle , cette endurance s’entraine. Avec de la répétition , à l’entrainement ou en match, on développe ce muscle. Décider de rester concentré, maitriser ses émotions et ne rien lâcher  voilà la clef de nombreux matches de tennis et c’est en ce sens que les espagnols ont peut être mieux compris le tennis que les autres.

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